Dans les cuisines du couvent, entre les messes et les offices, Sor Juana cuisinait.
Et elle observait.
"Si Aristote avait cuisiné, il aurait écrit beaucoup plus", écrira-t-elle plus tard. Ce n'était pas une boutade. C'était une thèse.
Elle notait ce qu'elle voyait : comment un œuf se transforme dans l'huile chaude, comment le sucre cristallise, comment les épices se comportent différemment selon la chaleur. La cuisine était pour elle un laboratoire de physique, de chimie, de philosophie naturelle — des décennies avant que ces mots existent dans leur sens moderne.
Quelque part dans ce couvent du XVIIe siècle, elle tenait un carnet.
Des recettes. Les siennes, celles des sœurs, celles de la tradition. Un manuscrit retrouvé des siècles plus tard, publié en 1979 par la Bibliothèque Sor Juana — témoin discret d'une pensée qui ne s'arrêtait jamais, même devant les fourneaux.
Dans ce carnet : le manchamanteles.